Le cumul des mandats ou la schizophrénie politique : le cas Marie-Luce Penchard
En meeting en Guadeloupe, la Secrétaire d’Etat chargée de l’Outre-mer dérape, et montre une nouvelle fois, les dangers du cumul des mandats dans la sphère publique.
Marie Luce Penchard, secrétaire d’Etat à l’Outre-mer et en seconde position sur la liste de la Majorité Présidentielle pour l’élection régionale de Guadeloupe déclare en meeting : « Je n'ai envie de servir qu'une population, c'est la population guadeloupéenne. (…) Nous en sommes à une enveloppe de plus de 500 millions d'euros aujourd'hui pour l'outre-mer. Et ça me ferait mal, de voir cette manne financière quitter la Guadeloupe au bénéfice de la Guyane, au bénéfice de la Réunion, au bénéfice de la Martinique, et de me dire, enfant de la Guadeloupe, je ne suis pas capable d'apporter quelque chose à mon pays, mais à quoi je sers? »
Scandale aussi bien dans la France de l’outre-mer, que dans les sphères politiques de l’hexagone : Mme Penchard, d’origine guadeloupéenne, et Secrétaire d’Etat en charge de l’Outre-mer affiche sa préférence pour l’un des 4 DOM, reniant ainsi son devoir d’impartialité. « Que nenni ! » nous réplique-t-on aussitôt dans les rangs de la Majorité: « Elle ne s’exprime pas en tant que Ministre, mais en tant que candidate à l’élection régionale des 14 et 21 mars ! ».
Tout s’explique ! Madame Penchard, certaine d’être élue au Conseil Régional, ne fait qu’appliquer une vieille pratique franco-française: la schizophrénie politique. Loin d’être sujette à des soins ou une attention particulière, celle-ci est mieux connue sous le nom de cumul des mandats. Grâce à cette pratique, nos hommes politiques peuvent soit disant rester connectés à la réalité du terrain tout en exerçant les plus hautes fonctions de l’Etat. Mais maintenant, on découvre que grâce au cumul des mandats un homme politique peut dire tout et son contraire. En effet, cela dépend du rôle qu’il exerce au moment où il prononce son discours. Ainsi Marie-Luce Penchard peut à la fois être la Ministre de toute l’Outre-mer mais également représentante de la Guadeloupe. Il suffit d’un voyage en avion pour que les deux mandats s’intervertissent et que les propos ne puissent pas se contredire. Mais cela sème le trouble chez les électeurs : « Au nom de quel mandat s’exprime-t-il ? ». Le cas particulier de Marie-Luce Penchard illustre la tension permanente entre son mandat national au nom duquel elle doit défendre l’intérêt national, l’intérêt de la France, et son mandat local au nom duquel elle défend de manière plus ou moins corporatiste, l’intérêt particulier, l’intérêt de la Guadeloupe.
Lors du dernier remaniement ministériel, Nicolas Sarkozy avait été le premier Président de la République à nommer une personnalité politique de l’Outre-mer à ce poste. En réalité, ce choix comporte des effets pervers : les réunionnais, les martiniquais et les guyanais seront toujours suspicieux à l’égard d’une ministre d’Outre-mer guadeloupéenne qui pourrait discriminer un territoire par rapport à un autre.
Ainsi, un encadrement plus rigoureux de la pratique du cumul des mandats, comme le propose depuis longtemps 1 Homme – 1 Voix, permettrait à la fois d’améliorer l’efficacité et la qualité du travail fourni par les hommes politiques nationaux mais permettrait surtout un surcroit de transparence dans un système , parfois difficilement compréhensible par le citoyen.
Gautier AB





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