Les absents ont toujours tort…
D’une nature plutôt farouche et discrète, le parlementaires absentéistes se sont particulièrement illustrés cette année par leur assiduité à géométrie variable. A de nombreuses reprises, le manque de députés de la majorité présents lors d’un vote a failli mettre en échec plusieurs projets de loi gouvernementaux, jusqu’au coup d’éclat Hadopi, rejeté à l’Assemblée Nationale alors qu’il ne se trouvait que 15 parlementaires de la majorité contre 21 membres de l’opposition, sur un effectif, rappelons-le, de 577 députés ! Bien sur, on cria au scandale et à la manipulation, mais les quelques députés socialistes « planqués derrière un rideau », pour reprendre les mots de l’inénarrable Frédéric Lefebvre, ne pouvaient faire oublier qu’il manquait 95% des députés dans l’hémicycle pour le vote final d’une loi qui en l’occurrence, passionnait l’opinion publique !
Rejet du projet de loi sur la création sur Internet/ Hadopi
envoyé par LCP-AN. – L'actualité du moment en vidéo.
Un parlement plutôt à moitié vide qu'à moitié plein !
Les péripéties d’Hadopi relèveraient de l’anecdote si elles ne reflétaient une réalité affligeante et au combien liée au cumul des mandats, celle de l’absentéisme parlementaire. On connait les effets ravageurs sur l’image de la République envers l’opinion publique de ces hémicycles souvent désertés en dehors des séances de questions au gouvernement et des débats surmédiatisés retransmis à la télévision.
L’absentéisme parlementaire, à défaut d’être combattu, est reconnu par les dirigeants des groupes parlementaires qui loin de le condamner l’organisent. Dans la plupart des démocraties, les « whips », nos secrétaires de groupe parlementaire se contentent de rameuter les parlementaires égarés entre leur bureau, les commissions et la buvette, mais en France, ils sont aussi chargés d’organiser des tours de présence en salle, et au parlement même. L’ancien secrétaire du groupe RPR au Sénat Jean-François Probst ne se fait pas prier pour narrer les péripéties de ses « collaborateurs », chargés d’élaborer de laborieux emplois du temps en fonction des présences aléatoires des parlementaires, particulièrement discrets entre le jeudi et le lundi…
Ainsi pour revenir à Hadopi, le gouvernement a moins reproché l’échec de l’adoption de la loi à l’ensemble des parlementaires absents qu’à Jean-François Copé, leader de l’UMP à l’Assemblée, lui-même fort occupé dans son bureau lors du vote, et au secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement Roger Karoutchi, remercié depuis, coupables de n’avoir pas correctement organisé ces tours de garde en séance.
On peut parfaitement comprendre que la présence de l’ensemble des parlementaires ne soit pas nécessaire à la discussion de textes déjà vus en commission. On peut parfaitement comprendre que quelques interventions choisies de députés et sénateurs compétents sur le sujet débattu en séance soient plus constructives qu’une litanie systématique de remarques creuses. On peut cependant difficilement comprendre pourquoi certains débats, qui regardent la nation entière, ne rencontrent qu’un hémicycle désert. Ainsi le mois dernier, dans l’indifférence générale du Sénat, le débat sur la présence française en Afghanistan, donc le sort de nos soldats, n’intéressait qu’une vingtaine d’élus !
S’il est donc absolument légitime d’organiser le travail des parlementaires en séance, cette rationalisation de la présence des députés et des sénateurs ne peut dissimuler un manque d’assiduité de certains parlementaires, si ce n’est un manquement aux devoirs élémentaires de représentants de la Nation. Notons au passage que, selon les dires des dirigeants des groupes parlementaires, se sont toujours les mêmes élus qui manquent à l’appel.
Parlementaire, un métier à plein temps ?
Bien entendu, le travail d’un député ou d’un sénateur ne se résume pas à sa présence en séance. Un parlementaire doit assister et préparer les travaux des commissions dont il est membre, élaborer ses interventions en séances, s’informer et rencontrer nombre d’interlocuteurs, rédiger les rapports sur lesquels ils travaillent, et bien sûr se rendre dans sa circonscription pour rencontrer ses électeurs. Bref un travail varié à plein temps.
Juger le travail d’un parlementaire ne se limite donc pas à faire l’appel en séance, bien qu’y assister le plus possible soit légitime. Le journaliste Vincent Nouille a réalisé cette année un classement des députés en fonction de leurs interventions en séance et en commission, ainsi que leur contribution au travail législatif par les rapports, propositions de loi et questions qu’ils ont rédigés entre le 15 juillet 2007 et le 15 avril 2009. Si la méthode n’est pas parfaite, le classement a le mérite de bien mettre en évidence que le travail et la présence des députés ne sont pas satisfaisants. Ainsi, plus de la moitié des députés, tous cumulards, voire surcumulards, se sont contentés d’une intervention en séance ou en commission par mois ! Bien entendu, un très grand nombre de députés assure une charge de travail remarquable, mais cette assiduité et cet engagement dont nombre de députés font preuve devraient être la norme, et non l’exception !

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